Aller au contenu
—— PATRIMOINE

Patrimoine — Côte d'Émeraude

Remparts, châteaux, histoire et architecture de la Côte d'Émeraude.

Une terre d'histoire millénaire

La Côte d’Émeraude porte les traces d’une occupation humaine continue depuis plus de deux millénaires. Dès le premier âge du fer, des peuplades gauloises s’installent sur les promontoires rocheux, profitant de la protection naturelle offerte par les falaises et des ressources de la mer. Les fouilles menées à l’emplacement actuel de Saint-Malo ont révélé des amphores et des monnaies attestant d’échanges commerciaux avec l’Armorique et les îles Britanniques. L’arrivée des Romains, au premier siècle avant notre ère, transforme ces habitats en points de surveillance et de négoce ; des voies romaines relient alors Aleth à la cité de Corseul.

Au IXe siècle, les raids normands bouleversent la région. Les moines de l’abbaye de Saint-Méen se réfugient sur l’îlot du Grand Bé, tandis que des fortifications rudimentaires apparaissent autour du rocher malouin. Au XIIIe siècle, la ville close se dote de ses premiers remparts en granite. Les siècles suivants voient l’essor des corsaires malouins : entre 1689 et 1815, plus de quatre cents navires armés en course quittent le port, rapportant des prises évaluées à plusieurs millions de livres.

La Révolution et l’Empire marquent un ralentissement, avant que le XIXe siècle ne transforme la côte en station balnéaire prisée. La Seconde Guerre mondiale laisse des cicatrices profondes : en août 1944, les combats détruisent près de quatre-vingts pour cent des bâtiments intra-muros. La reconstruction, menée entre 1945 et 1960 sous la direction d’architectes comme Raymond Cornon, respecte les volumes et les matériaux d’origine, permettant à la cité de retrouver son aspect médiéval tout en intégrant les normes modernes de confort. Aujourd’hui, ce patrimoine millénaire attire plus de 1,8 million de visiteurs chaque année.

Les remparts de Saint-Malo : chef-d'œuvre défensif

Les remparts de Saint-Malo constituent l’un des ensembles fortifiés les plus remarquables de France. Leur construction débute au XIIe siècle avec une simple enceinte de terre et de bois, rapidement remplacée par une muraille de granite rose dès 1160. Au XVe siècle, le duc François II fait édifier les tours Bidouane et Quic-en-Groigne, hautes de seize mètres et dotées de canonnières. Ces ouvrages protègent alors une population de quatre mille habitants.

Au XVIIe siècle, Vauban inspecte les défenses et ordonne d’importants renforcements. Entre 1689 et 1695, il fait construire le Fort National sur l’îlot de la Conchée et consolide les courtines face à la mer. Les travaux mobilisent plus de huit cents ouvriers et coûtent 450 000 livres. Ces améliorations permettent à la ville de résister aux attaques anglaises de 1693 et 1758.

Le 6 août 1944, l’artillerie alliée pilonne la cité close pendant onze jours. Quatre-vingt-dix pour cent des toitures et une grande partie des courtines sont détruites. Dès 1946, une campagne de restauration fidèle aux plans de 1700 est engagée. Les maçons utilisent le même granite de Chausey, taillé à la main, et reconstituent les créneaux et les mâchicoulis. En 1962, la dernière brèche est comblée. Aujourd’hui, les 1 750 mètres de remparts, classés monument historique, accueillent chaque jour près de trois mille promeneurs qui profitent d’un panorama unique sur la baie.

Fort La Latte et les châteaux de la côte

Érigé au milieu du XIVe siècle par la famille Goyon, le Fort La Latte domine la pointe de la Latte depuis ses soixante-dix mètres de falaise. Sa construction, achevée vers 1360, répond à la menace anglaise pendant la guerre de Cent Ans. Le donjon octogonal, haut de vingt mètres, et le pont-levis de bois offrent un exemple rare d’architecture militaire médiévale encore intacte.

Acquis par l’État en 1933, le fort est ouvert au public depuis 1953. Chaque année, plus de 180 000 visiteurs franchissent ses portes pour découvrir les casemates, la chapelle et le chemin de ronde offrant une vue sur les Sept-Îles et le cap Fréhel. Des spectacles de fauconnerie et des reconstitutions médiévales animent les week-ends d’été.

Le long des quarante kilomètres de côte, d’autres forteresses complètent ce dispositif défensif. Le château du Guildo, construit au XIIIe siècle, contrôle l’embouchure de l’Arguenon. Le manoir de la Ville-Colin, à Plancoët, conserve une tour du XVe siècle. Plus à l’ouest, le Fort du Guesclin, édifié en 1759 sur l’îlot homonyme, témoigne des travaux de défense entrepris sous Louis XV. Ces sites, tous classés ou inscrits, forment un itinéraire patrimonial fréquenté par plus de 450 000 personnes chaque année.

La Fête des Remparts de Saint-Malo

Née en 1976 à l’initiative de l’association « Les Compagnons de la Ville Close », la Fête des Remparts est devenue l’un des plus grands rassemblements médiévaux d’Europe. La première édition, modeste, réunissait une centaine de bénévols. Quarante ans plus tard, l’événement mobilise plus de deux mille figurants et attire entre 120 000 et 150 000 spectateurs sur quatre jours.

La manifestation a lieu tous les deux ans, le troisième week-end de juillet. Le programme s’articule autour d’un défilé de quatre cents costumes d’époque, d’un tournoi de chevalerie sur la place Chateaubriand et d’un marché artisanal de cent vingt stands. Des concerts de musique ancienne ont lieu dans la cathédrale Saint-Vincent, tandis que des ateliers de calligraphie et de forge sont proposés aux enfants.

En 2022, la fête a généré un chiffre d’affaires estimé à 3,2 millions d’euros pour les commerçants locaux. La municipalité investit environ 450 000 euros dans l’organisation, financés à moitié par la billetterie et les subventions régionales. Chaque édition comprend un grand feu d’artifice tiré depuis les remparts, visible depuis toute la baie. La prochaine fête est programmée les 19, 20 et 21 juillet 2024.

Musées et lieux de mémoire incontournables

Le Musée d’Histoire de Saint-Malo, installé depuis 1963 dans le château, conserve plus de trente mille objets retraçant six siècles d’histoire maritime. Ses collections incluent les cartes de navigation de Jacques Cartier et les instruments de bord du corsaire Surcouf. En 2023, le musée a accueilli 142 000 visiteurs.

Sur la côte, l’écomusée de la Ferme du Monde à Cancale présente les traditions agricoles et ostréicoles du pays malouin. À Dinard, la villa Eugénie abrite un centre d’interprétation consacré à l’architecture balnéaire. Les malouinières, ces demeures de pierre construites par les armateurs aux XVIIe et XVIIIe siècles, constituent un patrimoine civil exceptionnel : plus de quatre-vingts subsistent encore, dont la malouinière de Limoilou, classée monument historique depuis 1927.

Les lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale complètent ce réseau. Le Mémorial de la Libération, inauguré en 1994 sur la plage du Sillon, rend hommage aux 1 200 soldats alliés tombés lors de la bataille de Saint-Malo. Des circuits guidés, organisés par l’office de tourisme, permettent de découvrir les blockhaus et les casemates encore visibles sur le sentier des douaniers.

Architecture et paysages culturels de la Côte d’Émeraude

L’architecture balnéaire de la Côte d’Émeraude atteint son apogée à la Belle Époque. À Dinard, plus de trois cents villas construites entre 1880 et 1914 témoignent du goût pour les styles néogothique, néobyzantin et Art nouveau. La villa « Les Roches Brunes », édifiée en 1890 pour le banquier Isaac Pereire, domine la plage de l’Écluse avec ses vingt-cinq mètres de façade en pierre de taille.

Les phares jalonnent la côte : celui du Cap Fréhel, mis en service en 1950, culmine à 103 mètres au-dessus de la mer et porte une lanterne de 500 000 candelas visible à plus de cinquante milles. Le phare du Grand Jardin, construit en 1935 à l’entrée du port de Saint-Malo, mesure 37 mètres de hauteur et reste habité par un gardien.

Les manoirs disséminés dans l’arrière-pays complètent ce patrimoine : le manoir de la Ville-Hatte à Dinard, daté du XVe siècle, et le manoir du Vaulezan à Plélan-le-Petit conservent des charpentes Renaissance. Enfin, le classement du littoral en Grand Site de France depuis 2003 protège 2 800 hectares de landes, de dunes et de falaises, garantissant la préservation d’un paysage culturel unique fréquenté par plus de deux millions de visiteurs annuels.