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Un territoire façonné par l’histoire

La Bretagne du Nord porte en elle plusieurs millénaires d’histoire. Des oppidums gaulois aux remparts médiévaux, des châteaux ducaux aux manoirs d’armateurs du XVIIIe siècle, chaque époque a laissé des traces dans le paysage. La mer, à la fois frontière et autoroute commerciale, explique la concentration d’ouvrages défensifs le long de la côte et à l’embouchure des rivières.

La guerre de Succession de Bretagne (1341-1365), les conflits franco-anglais du Moyen Âge et les guerres de la Ligue au XVIe siècle ont semé la région de châteaux-forts et de tours de guet. Plus récemment, les bombardements de 1944 et la reconstruction ont ajouté une couche historique supplémentaire à ce palimpseste.

Les remparts de Saint-Malo

Les remparts de Saint-Malo s’étendent sur 1,8 km autour de l’intra-muros, offrant une promenade panoramique unique sur la rade, les îles et la mer. Leur histoire commence au XIIe siècle, mais c’est surtout aux XVe et XVIIe siècles que les murailles prennent leur forme définitive, renforcées par les ingénieurs royaux dont Vauban.

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En août 1944, lors de la libération de la ville, 80 % de l’intra-muros est détruit par les bombardements alliés et les explosions allemandes. Une décision symbolique et courageuse est prise : reconstruire à l’identique. L’architecte Louis Arretche travaille à partir des photographies d’avant-guerre, des plans cadastraux et des témoignages des habitants. Entre 1947 et 1960, la ville renaît, pierre après pierre, dans le même granite local.

Les tours jalonnant les remparts sont particulièrement remarquables : la Tour Bidouane (XIIe siècle), la Tour Quic-en-Groigne (XVe, construite sur ordre d’Anne de Bretagne pour affirmer son autorité sur les Malouins), la Tour des Dames et la Tour des Champs-Vauverts.

Le château de Saint-Malo

À l’angle sud-est de l’intra-muros, le château de Saint-Malo est une forteresse du XVe siècle qui défendait l’entrée de la cité et symbolisait le pouvoir royal sur la ville indépendante. Anne de Bretagne, puis François Ier, y résidèrent lors de leurs passages.

Aujourd’hui, le château abrite le Musée d’Histoire de Saint-Malo. Ses collections retracent l’histoire maritime de la cité depuis les Corsaires (Duguay-Trouin, Surcouf) jusqu’aux grands armateurs et explorateurs (Jacques Cartier, parti de Saint-Malo pour l’Amérique en 1534). La Tour Générale offre un panorama à 360° sur la rade et les toits de l’intra-muros.

Le Fort National

Posé sur un rocher à 200 mètres des remparts, le Fort National est l’œuvre de Vauban, achevée en 1689. La construction était délicate : travailler sur un rocher découvert seulement à marée basse, à portée des canons anglais en cas d’attaque. Le fort fut conçu pour croiser ses feux avec ceux des remparts de Saint-Malo et protéger la rade.

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Accessible à pied à marée basse depuis la plage du Bon-Secours, le fort se transforme en île lors des grandes marées. Il se visite en saison estivale, avec des visites guidées qui racontent son histoire militaire et son rôle lors des bombardements de 1944.

Fort La Latte

Fort La Latte est l’un des châteaux-forts les mieux conservés de Bretagne. Perché sur un éperon rocheux à l’extrémité de la Pointe de la Latte, à 5 km du Cap Fréhel, il semble surgir de la mer. Ses murailles de grès rose, construites aux XIVe et XVIIe siècles, se confondent avec les falaises sur lesquelles elles reposent.

Le château appartint successivement aux seigneurs de Goyon, puis aux rois de France. Il fut considérablement renforcé au XVIIe siècle par Vauban, qui y ajouta des bastions adaptés à l’artillerie moderne.

Ouvert à la visite toute l’année, Fort La Latte révèle ses donjons, ses salles de garnison, sa chapelle et son four à boulets rouges (pour incendier les navires ennemis). La vue depuis le donjon sur Cap Fréhel et les falaises est exceptionnelle.

Le château de Dinan

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Dinan est l’une des villes médiévales les mieux conservées de Bretagne. Son château, construit au XIVe siècle par la duchesse Anne de Bretagne, domine le vieux port sur la Rance depuis une tour ronde massive de 34 mètres de hauteur.

Le musée du château de Dinan présente l’histoire de la ville médiévale, du duché de Bretagne et de son illustre chevalier Bertrand Du Guesclin, connétable de France mort en 1380 et dont le cœur est conservé dans l’église Saint-Sauveur de la ville.

Les remparts de Dinan, longs de 2,6 km, encerclent la vieille ville et se visitent à pied. Plusieurs tours ont été restaurées et offrent des vues sur la vallée de la Rance.

Les malouinières

Les malouinières sont des demeures de campagne construites par les grands armateurs malouins aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans un rayon de 20 km autour de Saint-Malo. Enrichis par la course, le commerce maritime et les expéditions vers les Amériques, ces hommes bâtissaient des résidences de prestige où ils résidaient quand leurs bateaux étaient en mer.

Le style malouin se reconnaît à ses façades de granite gris, ses toits d’ardoise, ses jardins à la française et ses communs massifs. La Demeure de Corsaire, dans l’intra-muros, est l’une des rares ouvertes au public. Les manoirs de la campagne maloïne restent pour la plupart des propriétés privées.

Les phares de la Côte d’Émeraude

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La Côte d’Émeraude est jalonnée de phares qui guidaient les marins dans les dangereux parages. Le phare du Cap Fréhel (1950, hauteur 32 m, portée 23 milles nautiques) est le plus connu. Il remplace un phare du XVIIe siècle détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.

Le phare du Buron, à l’entrée de la rade de Saint-Malo, et le phare du Grand Jardin, sur un rocher au milieu de la rade, sont deux sentinelles caractéristiques du panorama malouin. Le phare du Grand Jardin, dont la base est submergée lors des grandes marées, est l’une des images les plus emblématiques de Saint-Malo.

L’abbaye de Lehon

À 2 km de Dinan sur la Rance, le bourg de Léhon abrite les ruines d’une abbaye bénédictine fondée au IXe siècle selon la tradition. L’abbaye Notre-Dame de Lehon, reconstruite aux XIIe et XIIIe siècles, conserve son cloître roman et son église abbatiale remarquables. Elle se visite librement, dans un cadre de verdure exceptionnel au bord de la Rance.

Mémoriaux de la Seconde Guerre mondiale

La libération de Saint-Malo en août 1944 fut particulièrement violente. Des mémoriaux et des plaques commémoratives rappellent les combats dans plusieurs quartiers de la ville. Le cimetière américain de Saint-James (50 km au sud de Saint-Malo) rassemble les sépultures de 4 410 soldats américains tombés lors de la libération de la Bretagne.

Les chantiers navals et l’architecture portuaire

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Les chantiers navals de Saint-Malo ont construit des corsaires dès le XVIIe siècle. L’arsenal royal, édifié entre 1718 et 1725, occupe 3,2 hectares derrière la porte Saint-Louis avec cinq cales couvertes et une forge capable de couler des canons de 24 livres. Après les bombardements de 1944 (87 % des installations portuaires détruits), la reconstruction menée par l’architecte Louis Arretche de 1945 à 1953 rétablit 1 250 mètres de quais en granite de Logonna. Aujourd’hui, le site du Naye conserve les ateliers classés. Le musée du Long-Cours, dans l’ancienne capitainerie, est ouvert tous les jours (7 €, 45 minutes de visite). Les week-ends de juillet, des guides locaux proposent des parcours gratuits sur réservation.

Dinan : la cité médiévale de la Rance

À 29 km de Saint-Malo, Dinan conserve ses remparts du XIIIe siècle sur 2 600 mètres avec quatorze tours. Le château des Ducs (1382) abrite le musée municipal (9 €, gratuit moins de 18 ans). La vieille ville compte 280 maisons à colombages datées entre 1450 et 1550. Le bus BreizhGo ligne 7 relie Saint-Malo à Dinan en 42 minutes pour 2,50 €. La visite complète des remparts et du château demande trois heures.

Remparts médiévaux de Dinan sur la Rance, depuis le vieux pont

Les menhirs et dolmens de Bretagne Nord

Le menhir de la Pierre du Prieuré à Cancale (4,70 m de hauteur) se dresse à 800 mètres de la pointe du Grouin. L’allée couverte de la Ville-Génouhan (IIIe millénaire, 11 m de long) et le dolmen de la Ville-Pichard près de Saint-Méloir-des-Ondes (classé 1889) témoignent d’une occupation dense entre 4500 et 2500 av. J.-C. L’accès au menhir de Cancale est libre toute l’année. Des visites guidées sont organisées les mercredis de juillet et août par l’association Menhirs et Dolmens (8 €, 1 h 30).

Le patrimoine militaire de Vauban

Vauban inspecte la côte en 1681 et 1695. Le Fort National (1689), sur l’îlot de la Conchée, est accessible à marée basse depuis la plage de l’Éventail (6 €, traversée 10 min). À 22 km, le Fort La Latte, remanié en 1690, conserve ses mâchicoulis et son pont-levis d’origine. Ces ouvrages font partie du réseau des fortifications Vauban inscrit au patrimoine mondial UNESCO en 2008.

Fort National de Saint-Malo accessible à marée basse, patrimoine Vauban

Visiter les sites : informations pratiques

Site Horaires été Tarif adulte Durée
Château de Dinan 10 h-18 h 9 € 1 h 15
Fort National Marées basses 6 € 45 min
Fort La Latte 10 h-19 h 8,50 € 1 h
Allée couverte Ville-Génouhan Libre Gratuit 30 min
Musée du Long-Cours 9 h 30-18 h 7 € 45 min

Le Pass Patrimoine Côte d’Émeraude (22 €, valable 3 jours) couvre château de Dinan, musée de Saint-Malo et Fort La Latte. Réservation obligatoire pour les visites guidées au 02 99 56 66 66. Vérifier les marées sur maree.info avant de se rendre au Fort National.